La photo du mois (08/2018)

Branco. Cap-Vert, île de Maio.
La petite histoire de cette photo

En me baladant dans les ruelles colorées du petit village de Vila de Maio (Cap-Vert) à la recherche de belles images à faire, j’aperçois un peu plus loin deux locaux qui parlent fort en faisant de grands gestes. Je tirerais volontiers le portrait à l’un des deux, un rasta qui a l’air photogénique, mais ils n’ont pas l’air très net et leur visage fermé n’invite pas spécialement à la discussion. Je ne sais pas s’ils sont éméchés ou pas mais, ayant en main du matériel photo assez voyant dont un trépied déployé, l’ensemble valant plusieurs mois du salaire moyen cap-verdien (130 euros environ), je ne veux pas que cela puisse susciter la moindre envie chez eux.

Je décide donc de changer de trottoir pour qu’ils ne puissent pas se sentir provoqués, et je tourne dans la première rue à gauche où je compte ranger discrètement mon matos. Toutefois, juste avant de tourner, en passant à leur hauteur sur le trottoir d’en face, je leur adresse dans un grand sourire le traditionnel « Bom dia » (« bonjour » en portugais), comme je le fais avec tous les gens que je croise dans ce petit village où tout le monde semble connaître tout le monde. Ils répondent très gentiment, le rasta me gratifiant même d’un grand sourire qui éclaire subitement son visage. Je poursuis mon chemin sur quelques mètres avant de me raviser : ce visage marqué mérite décidément une image en noir et blanc.

Je fais donc demi-tour et je les rejoins. Avec pour seule arme un grand sourire (c’est le meilleur pont vers l’autre que j’ai trouvé chaque fois que je veux ouvrir la discussion avec un ou une inconnu(e) en voyage), je leur demande à tous les deux, ainsi qu’à la jeune fille qui est assise juste à côté, s’ils accepteraient que je les photographie, même si c’est surtout le rasta qui m’intéresse. Ce dernier est à la fois le premier (!) à me répondre, et le plus enthousiaste à l’idée de se faire immortaliser. Les deux autres lui emboîtent assez vite le pas.

Avant de me ruer sur mon déclencheur, je me présente à eux, c’est la moindre des politesses. Le rasta, décidément très sympa malgré la barrière de la langue, s’appelle Branco, la petite jeune Isandra, et mon troisième modèle Kalao. Les conditions ne sont pas bonnes car ils sont tous en contre-jour mais je n’ose pas trop leur demander de bouger, donc je me contente de ce contexte défavorable.

Je commence ma série d’images par la plus timide, Isandra, qui me gratifie d’un sourire à la fois pudique et gêné mais également gracieux et photogénique. Et que dire de son œil malicieux… Une seule prise suffit à faire mon bonheur. A posteriori, je regretterai simplement de ne pas avoir mis le petit coup de flash qui s’imposait pour déboucher les ombres de son visage : en portrait, les traits marqués passent mieux pour les hommes que pour les femmes.

Isandra

J’enchaîne donc avec ma cible principale : Branco. La première prise est correcte mais je la trouve un peu fade. Je lui demande donc s’il veut bien lever le bras pour porter sa cigarette à la bouche : cette simple gestuelle a pour effet de dynamiser la deuxième image, ce qui rend cette seconde prise meilleure que la première.

Branco

Et je termine avec Kalao. La première prise est correcte mais bien qu’il se montre très sympa avec moi, son visage rude et peu avenant (ce qui est d’ailleurs assez rare chez les cap-verdiens) me dissuade de lui demander de poser pour une deuxième image.

Kalao

Chaque fois que des habitants m’autorisent à les prendre en photo au cours de mes voyages, je leur montre dans la foulée, sur le petit moniteur de mon boîtier, les images que je viens de réaliser. Je procède donc ainsi avec mes trois modèles et comme à chaque fois, cela provoque chez eux de grands sourires de satisfaction, voire de francs éclats de rires. C’est mon moment préféré.

Isandra, hilare, me demande si je peux lui envoyer sa photo dès mon retour en France, et me donne ses coordonnées. Je réponds un grand oui mais je lui demande si je peux aussi lui faire passer les images de Branco et Kalao pour qu’elle les leur transmette. Tout le monde acquiesce et nous nous remercions mutuellement. Nous nous séparons là-dessus.

Une fois revenu en France, je ne manquerai pas d’assumer mon engagement.

Je publierai bientôt un article complet sur ce beau et chaleureux pays qu’est le Cap Vert. Mais je dois d’abord monter la vidéo, ce qui va être assez long…