L’Italie est la première étape d’une traversée de l’Europe effectuée à vélo.
De la Méditerranée à l’Adriatique en passant par les montagnes du nord-ouest et la plaine du Pô, voici le récit détaillé de cette traversée de la Botte dans les froidures de l’hiver.
Toutes les infos pratiques sont en fin d’article : itinéraire etc.
Sommaire
France : le départ
Le départ a lieu à Villefranche, à la sortie de Nice. D’emblée, Komoot, mon appli GPS, m’emmène vers l’ouest c’est-à-dire vers Nice, alors que la destination finale de mon périple, Athènes, se situe à l’exact opposé, plein est ! Mais je lui fais confiance car c’est une appli paramétrée pour dégoter les itinéraires les plus isolés possible, le plus souvent loin des voitures et du trafic routier. Quitte à faire parfois quelques menus détours !

Mais lorsqu’il m’emmène sur les pentes sadiques de la grande corniche qui domine Nice, je commence à m’interroger : Komoot ne serait-il pas dans les choux ?
Je rencontre alors un habitant du coin qui me déconseille de poursuivre dans cette direction. Il m’indique une petite route qui me fait vite redescendre vers la moyenne corniche, et cette fois en direction de l’est : celle de la Grèce. Mon vélo de 54 kilos et moi-même sommes soulagés d’interrompre cette montée interminable. A partir de là, regonflé à bloc comme un pneu de vélo grâce à ce passant, j’enfile enfin les kilomètres comme des perles.

Le littoral sur lequel je roule désormais comporte un dénivelé permanent, mais moins costaud qu’il ne l’était pour atteindre la grande corniche. Avec les vues plongeantes sur la Méditerranée qui se succèdent, j’en prends plein les yeux.

Monaco
Finalement, j’arrive assez rapidement au deuxième pays de mon périple, après la France : Monaco ! Trop bling-bling pour que je m’y éternise. Mon vélo de baroudeur jure un peu avec toutes les voitures de luxe qui l’entourent mais finalement, nombre d’entre elles sont bloquées dans les ruelles étroites et encombrées de la ville. Conséquence, c’est mon vélo qui double les bolides à quatre roues et non l’inverse : ce voyage au long cours qui débute à peine a déjà un petit côté jouissif.

Je quitte la Principauté, je traverse un dernier petit bout de France et peu après, j’atteins déjà mon troisième pays : l’Italie.

L’Italie
La frontière italienne franchie, j’arrive dans l’un des bastions du cyclisme italien dont les transalpins sont si fiers : San Remo. Mon itinéraire passe par le fameux tunnel de Capo Nero, long de 1700 mètres. Il est réservé aux cyclistes (ainsi qu’aux piétons) et constitue un véritable hommage à l’un des Cinq Monuments du cyclisme mondial : la course mythique Milan – San Remo (les quatre autres Monuments sont Paris – Roubaix, Liège – Bastogne – Liège, le Tour des Flandres et, encore en Italie, le Tour de Lombardie).

La Méditerranée
L’itinéraire continue le long du littoral, qui est aussi plaisant à admirer côté italien que côté français.


En fin de journée, alors que le soleil décline et que la nuit tombe, je n’ai toujours pas trouvé d’endroit où poser ma tente.

En effet, le littoral est bétonné partout et, pour moi qui aime bien bivouaquer discrètement, aussi bien pour ne pas déranger les habitants que pour ma tranquillité personnelle, la première nuit du périple s’annonce déjà compliquée, faute d’endroit où dormir.
Et c’est au moment où je commence à envisager de chercher un petit hôtel que je dégote enfin, dans la pénombre, un petit coin non bétonné. Sur un talus, une minuscule zone de buissons sépare la ville de la mer.

Les vaguelettes viennent se briser sur de grands rochers horizontaux qui, contrairement à la route que j’ai arpentée toute la journée, sont plats : l’endroit parfait où poser ma tente, malgré la noirceur de la nuit qui a maintenant fini de tomber.
Ma première journée s’achève ainsi. Je suis déçu de n’avoir parcouru que 67 kilomètres, mais les 1.000 mètres de dénivelé positif que j’ai grimpés avec mon enclume à deux roues m’aident à sombrer rapidement dans un sommeil à découper au couteau.
Le clapotis des vagues toute la nuit, le cri des mouettes au petit matin puis le petit déjeuner à dix mètres de la mer : la deuxième journée du périple commence de manière plus agréable que la première, qui me proposait des corniches à grimper. Mais une fois le séant posé sur la selle, le dénivelé du littoral italien me ramène vite à la réalité : ici aussi ça monte.

Je profite des derniers paysages côtiers avant de bifurquer vers le nord. En tournant ainsi le dos à la mer, je ne reverrai la Grande Bleue que dans une dizaine de jours, côté Adriatique.

Les montagnes du nord
En attendant, je vais occuper mes trois prochaines journées à franchir des montagnes. Des vraies cette fois-ci.

D’ailleurs, mon vélo chargé est si lourd que je me questionne déjà sur ma capacité à franchir tous ces cols en pédalant : ne me serais-je pas surestimé ?

J’affronte désormais un gros vent glacial de face. Parfois, je ne le sens pas trop car je suis à l’abri de la montagne. Mais dès que je passe de l’autre côté du versant, il me souffle lâchement en pleine poire.
Au fil de la montée, je me rends compte qu’au-dessus de ma tête, le sommet est constellé d’éoliennes. Ce n’est donc pas une vue de l’esprit, la zone est bien connue pour être venteuse.

Les paysages de montagne n’ont pas grand-chose à envier à ceux du littoral. Ils sont plus bruts, plus sauvages, plus impressionnants. En plus, la route est calme, j’y suis presque seul, à tel point que j’ai beau n’être parti que depuis hier, j’ai presque l’impression d’être au bout du monde.

Les montagnes sont dures à grimper avec mes 54 kilos de vélo mais je me vois progresser sur mon appli GPS : elle me représente par un petit point rouge sur le flanc des montagnes. Et quand j’arrive au sommet, c’est la jubilation totale. C’est difficile à décrire et un peu gênant à avouer mais dans ces moments-là, je me sentirais presque invincible.

Je ne reste jamais bien longtemps au sommet car le vent y souffle en général très fort, puis je dévale ma récompense : la descente. Ce rythme montagnard sera le mien pendant trois jours, au cours desquels je progresserai quotidiennement de 77 kilomètres en moyenne, pour un peu plus de 900 mètres de dénivelé positif chaque fois.
Pour un cycliste sportif averti, ce n’est pas le Pérou mais pour un girondin qui ne pédale habituellement que dans sa région désespérément plate, cette moyenne n’est pas mauvaise, a fortiori avec un vélo aussi chargé.
Le périple continue et une petite routine s’installe déjà. Le soir, je pose ma tente en pleine nature et je prends le temps de savourer ces moments. Au petit matin, ma tente est souvent blanchie par le givre. Les températures matinales sont de saison : entre -2° et +2° la plupart du temps.


Je me surprends à méditer une bonne partie de mon temps sur mon vélo. Car à part pédaler et regarder les paysages qui m’entourent, je n’ai finalement rien d’autre à faire.

De temps en temps, je passe quand même une nuit dans un petit hôtel, le moins cher que je dégote car peu m’importe son niveau d’inconfort, pourvu qu’il soit doté d’une douche : c’est la seule chose qui m’intéresse. Le but n’est pas de passer enfin une nuit dans un lit confortable ou sous un toit étanche (ce que ma tente n’est pas toujours complètement quand il pleut). C’est plutôt de chasser cette effluve qui m’accompagne parfois, après plusieurs nuits passées sous la tente sans jamais voir le moindre bout de savon.

L’un des objectifs de ce voyage, c’est de faire des rencontres. Ce n’est pas en Italie que je pense en faire le plus mais quand même, je croise déjà des gens très sympas. A commencer par la grande confrérie des cyclistes.



Avant de terminer ma traversée des montagnes italiennes, j’atteins le sommet d’une colline d’où la vue panoramique donne sur une immense chaîne de montagnes au loin. Vues d’ici, elles sont blanches des pieds à la tête. Ce sont les Alpes et elles sont majestueuses.

La plaine du Pô
C’est à partir de là que mon itinéraire décide enfin de s’aplanir. Normal, j’arrive dans la plaine du Pô. Le Pô, c’est ce fleuve qui serpente dans le nord de l’Italie et grâce auquel les sols sont extrêmement fertiles. Son importance est telle qu’il génère, directement ou indirectement, quasiment la moitié des emplois du pays.
Sur plusieurs centaines de kilomètres, je traverse donc désormais une infinité de champs cultivés labourés en permanence par des tracteurs. D’innombrables oiseaux parsèment les champs ainsi qu’un nombre impressionnant de lièvres.

Le soir, en pleine nature, je cuisine au réchaud devant ma tente, face au soleil qui se couche. Et dire que dans certains hôtels et restaurants, plus la vue est belle, plus les prix augmentent. Face à la tente et au réchaud, elle est toujours gratuite.



Un matin, je sors péniblement de ma tente, mal réveillé. En m’entendant, un lièvre qui a dormi là, juste à côté de moi, s’enfuit brusquement. Je ne m’attendais pas à voir là ce petit bolide à quatre pattes. Je marche quelques mètres jusqu’au sommet de la petit butte qui protège ma tente du vent et là, je me retrouve face aux champs nappés de brume. Seuls quelques arbres et le clocher d’une église en émergent.







C’est pour vivre ce genre de moments, tout seul en pleine nature, que je fais ce voyage.
Les jours qui suivent s’écoulent paisiblement, dans la monotonie des paysages agricoles de cette plaine du Pô. A force, elle en deviendrait presque insipide.

L’Adriatique
Sur la côte Adriatique, je retrouve enfin la Grande Bleue qui, en huit jours, a changé de couleur : elle est désormais toute grise ! Il faut dire qu’ici, il pleut comme vache qui pisse. Il n’y a ni un rayon de soleil, ni un coin de ciel bleu. Ce dernier est désespérément gris et se vide sur les voyageurs de passage. Je suis donc détrempé puisque la pluie incessante transperce mes vêtements. Malgré leur indice d’imperméabilité exceptionnel (28.000 Schmerbers !) et le prix élevé qui allait avec quand je les ai achetés, ils s’avèrent de véritables passoires.

Je passe mon dernier bivouac italien dans une petite forêt aussi imbibée que moi, sur les hauteurs de Trieste.
Tout-à-l’heure, j’arriverai en Slovénie…
Le coin du cycliste
La cohabitation vélos – voitures en Italie
Contrairement à leur réputation, les automobilistes que j’ai croisés en Italie ont toujours fait attention à moi en tant que cycliste. En douze jour passés à rouler dans le pays, pas une seule fois ils ne m’ont mis en danger : ni en ville, ni dans les montagnes, ni à la campagne, ni sur le littoral.
Le réseau cyclable italien
Moins développé qu’en France, il est toutefois correct, du moins d’après ce que j’ai pu voir en Italie du nord, mais j’ai parfois eu du mal à trouver des voies cyclables sur les grands axes.

En ville, les pistes cyclables sont souvent désagréables car aménagées sur les trottoirs. Elles comportent régulièrement des bosses et des trous, et beaucoup m’ont paru vieillissantes et peu entretenues. Sans compter les piétons…

Les routes Eurovélo
Les principales routes cyclables italiennes, du moins les trois plus connues, sont les véloroutes européennes : carte Eurovélo en Italie.
- Le pays est traversé du nord au sud par l’EV5 (Via Roma – Francigena, 3.250 km) et l’EV7 (véloroute du soleil, 7.650 km)
- Il est traversé d’ouest en est par l’EV8 (véloroute de la Méditerranée, 7.350 km).
- Une quatrième véloroute, l’EV9 (Baltique – Adriatique, 2.050 km) ne passe en Italie que sur quelques kilomètres, dans le nord-est du pays.
Le site internet incontournable : Bicitalia
Ce site recense un grand nombre d’informations sur le vélo en Italie.
Notamment, il comporte une carte détaillée de toutes les pistes cyclables qui sillonnent le pays :
Carte des pistes cyclables en Italie.
Elle date de 2022 et ne recense donc pas les dernières voies cyclables mais elle est très pratique malgré tout.
S’approvisionner en eau
Il est très simple de remplir ses gourdes en Italie si l’on ne veut pas acheter d’eau en bouteille :
- Les villes ainsi qu’à peu près tous les villages comportent des fontaines d’eau potable. Dans les villages, elles sont souvent situées autour de l’église ou autour de la place centrale du village (mairie etc.)
- Il y a des points d’eau dans tous les cimetières, lesquels sont omniprésents dans le pays.
- On trouve parfois des fontaines sur le bord des routes, notamment en montagne.
A noter que, contrairement à d’autres pays, je n’ai trouvé aucun robinet ni aucune fontaine fermée l’hiver à cause du gel, dans le nord de l’Italie.
Les étapes suivantes :
Italie : encore quelques images…
















