La Turquie à vélo (suite et fin du périple)

Voici le récit détaillé d’un voyage en Turquie, huitième et dernière étape d’une traversée de l’Europe à vélo, où j’ai prévu de visiter la fameuse Cappadoce. Mais un coup du sort ne me permettra pas de découvrir ce vaste pays comme je l’avais prévu…

En provenance de la Grèce, je décide d’entrer en Turquie non pas par voie terrestre à vélo, mais par la mer en bateau. Je fais donc une courte traversée de la petite île de Nisyros, l’une des plus belles de Grèce, à sa voisine, celle de Kos. C’est de cette dernière que partent les ferries pour la Turquie.

En montant à bord, je me blesse au genou gauche. Inutile de détailler ce sombre souvenir ici car il ne passionnera personne mais si je le mentionne malgré tout, c’est parce qu’il me contraindra à revoir mes plans de visite du pays. Même si dans un premier temps, je me sens en état de continuer à rouler, ce que je fais donc.

En provenance de Kos la grecque, le ferry accoste Bodrum la turque. Cette station balnéaire est plus réputée dans le monde aujourd’hui pour ses plages, son farniente, ses activités nautiques et sa vie nocturne que pour son histoire pourtant riche : c’est ici que naquit Hérodote, ou encore que fut érigé le fameux mausolée d’Halicarnasse, l’une des Sept Merveilles du Monde. Alexandre le Grand, qui passa lui aussi par ici, incendia la cité.

Brochette de bateaux de luxe amarrés à Bodrum

Mais aujourd’hui, c’est surtout grâce à sa situation idéale, au bord de la Mer Égée, que Bodrum attire jusqu’à un demi-million de touristes l’été. Et même si je me retrouve ici au printemps, cette foule, c’est tout ce que je fuis justement depuis le début de mon périple. Alors une chose est sûre : je ne vais pas m’attarder longtemps dans cette ville que je trouve globalement surfaite, à l’exact opposé de l’authenticité que je recherche en voyage. J’y passe juste une nuit, dans une petite pension située à l’écart du centre-ville très fréquenté, pour essayer de reposer un peu mon genou abîmé. Je quitterai cette fourmilière touristique demain matin.

Quelques pierres du mausolée d’Halicarnasse, l’une des Sept Merveilles du Monde, ont servi à construire la forteresse de Bodrum

Après une nuit écourtée par les muezzins du voisinage, je reprends ma route en direction de la Cappadoce. A la sortie de la ville, je croise un couple de sangliers. A mon approche, ils traversent un petit terrain de buissons au milieu des maisons. Je n’imaginais pas voir ces mammifères à groin se balader en toute impunité en pleine ville, dans ce pays dont la population de croyants les abhorre.

La sortie de Bodrum

Une fois sorti de l’ancienne Halicarnasse, mon itinéraire côtier m’offre de jolies vues plongeantes sur la mer. Je comprends alors mieux pourquoi il y a tant de touristes dans les parages.

Les environs de Bodrum

J’arrive assez rapidement sur une quatre-voies. En Turquie, les vélos y sont autorisés, de même que sur les autoroutes. Ici, les poids lourds qui me doublent m’emportent à grande vitesse dans leur sillage, grâce à l’appel d’air qu’ils créent derrière eux. Je me retrouve ainsi à rouler à des vitesses folles, notamment dans les descentes. Je me régale, c’est tellement grisant.

En revanche, il y a quelques portions sur lesquelles la largeur de la bande est très réduite, voire inexistante et dans ces endroits, je me retrouve à rouler avec voitures et camions sur la file de droite. Et ça, ce n’est plus du tout une partie de plaisir. Cela me vaut un ou deux coups de klaxon mais globalement, la cohabitation se passe bien car quasiment aucun véhicule ne me frôle.

Toutefois, je prends vite conscience que sur cette quatre-voies, il n’y a aucun paysage à voir, aucun village à traverser ni aucune rencontre à faire. C’est pourquoi je décide d’en sortir et d’aller voir de plus près à quoi ressemble la Turquie profonde.

Petite route de montagne (sud-ouest de la Turquie)

Dans cette région calme de la Turquie, la petite route de montagne qui défile sous mes pneus est bordée de fleurs. Au contraire de la quatre-voies d’où je viens, les voitures sont rares ici, et le silence règne.

A la sortie de la ville de Milas est posé un paisible lac bleu. Sur ses berges, quelques habitants du coin sont venus poser leur table de camping pour pique-niquer en famille.

Le lac de Milas

Je monterais bien ma tente ici, face à ce joli paysage lacustre mais il y a un peu trop de monde à mon goût. Moi qui aime bien bivouaquer discrètement, je décide de quitter le lac pour planter ma tente quelques kilomètres plus loin.

Après une nuit passée dans le silence des montagnes, j’attaque la journée suivante avec de grosses montées. Bien que pas encore réveillé, mon genou tient toujours le choc.

Au fil de la journée, la chaleur devient de plus en plus intense. A l’entrée d’un village, je m’arrête pour discuter avec un habitant devant son hangar. Il s’appelle Ashkan, il est menuisier et il me fait visiter son atelier.

Ashkan dans son atelier

Sans doute compatissant à la vue de ma tête desséchée par une matinée de pédalage montagneux en plein cagnard, Ashkan envoie son fils Inan m’offrir une grande bouteille d’eau fraîche : à ce moment-là, l’hospitalité turque, dont j’avais déjà entendu parler, devient réalité.

Inan m’offre une grande bouteille d’eau fraîche

Je poursuis ma route mais quand j’arrive dans la ville de Yatagan, mon genou est proche de l’obésité. Pourtant, je n’ai roulé que trente-huit kilomètres aujourd’hui, mais sous un soleil qui m’a fait fondre et surtout, avec près de neuf cents mètres de dénivelé positif. J’ai notamment dû forcer pas mal pour grimper plusieurs pentes entre 10 et 15%, sur mon vélo de 54 kilos. Cet effort de pédalage soutenu voire intense, à l’évidence, mon genou ne l’a pas adoré : il est devenu énorme.

Je décide de m’arrêter dans cette ville inconnue pour reposer mon articulation récalcitrante pendant quelques jours.

J’achète des petits pois surgelés, non pas pour les manger mais pour glacer mon genou, et j’achète une genouillère dans une pharmacie.

Soixante-douze heures plus tard, mon genou n’a pas dégonflé d’un millimètre. Sans entrer dans les détails ici, je décide de mettre un terme à mon périple et de rentrer chez moi. Je ne verrai pas la Cappadoce.

Dans la campagne turque

Afin de ne pas polluer un tel périple, je fais le choix de ne pas céder à la facilité : pour le retour, au lieu de prendre l’avion qui me tend pourtant les bras, j’effectuerai quelques traversées au long cours en bateau, et les liaisons en voitures de location. Quand ce ne sera pas possible, je pédalerai un peu malgré tout. Ce voyage retour me reviendra sensiblement plus cher qu’un aller simple en avion, et il me prendra une douzaine de jours au lieu de trois heures mais au moins, l’esprit de mon périple sera préservé et je pourrai être fier de mon voyage jusqu’au dernier kilomètre.

La mosquée Rüya Gibye

Et pour commencer, comme il n’y a pas de voitures de location ici, à Yatagan (les plus proches se trouvent quarante kilomètres plus loin, à Mugla), je n’ai pas vraiment le choix : je vais devoir retourner à Bodrum à vélo.

La campagne turque, pendant le chemin du retour

Je prends donc le même chemin qu’à l’aller et je repasse devant les mêmes paysages : des forêts verdoyantes, la mer d’un bleu intense…

Après les quelques dizaines de nuits que j’ai eu la chance de passer sous la tente au cours des dernières semaines, c’est maintenant l’heure de mon dernier bivouac.

Avec un dénivelé globalement descendant malgré quelques pentes raides, ma patte folle tiendra le coup jusqu’à Bodrum, d’où je quitterai la Turquie.


Le chemin du retour :

  • Traversée Bodrum (Turquie) – Île de Kos ( Grèce)

L’île de Kos


  • Traversée Kos – Athènes

Athènes


  • Traversée Patras (Grèce) – Ancône ( Italie), après la jonction Athènes – Patras en voiture de location

Ancône


  • Traversée Gênes (Italie) – Barcelone (Espagne), après la jonction Ancône – Gênes en voiture de location

De Gênes à Barcelone


  • Retour à Bordeaux en voiture

La dernière galère de mon périple, malgré une voiture de location neuve : crevaison à Tarrega !


Comme dans tous les pays précédents que j’ai traversés au cours de ce périple de la France à la Turquie, je n’ai pas rencontré le moindre problème de sécurité avec les automobilistes turcs. Je n’ai jamais vraiment croisé de chauffards. Il y a bien eu quelques bolides qui fonçaient sur les quatre-voies limitées à cent dix kilomètres heure, mais ils passaient toujours loin de moi et ne me mettaient donc jamais en danger. Sur les petites routes de campagne et de montagne ainsi que dans les villes et villages, les voitures faisaient là aussi toujours très attention à moi. D’après ce que j’en ai vu, les routes turques m’ont donc paru très sûres pour les cyclistes. Mais le pays est vaste : se comportent-ils aussi bien ailleurs ?…


Les itinéraires Eurovélo ont fait leurs preuves depuis longtemps. Au nombre de dix-sept à ce jour, ils sillonnent l’Europe du Cap Nord à Malte, et de l’Irlande occidentale aux confins de l’Orient.

L’esprit est de constituer un réseau cohérent de grands itinéraires cyclables européens, en connectant les capitales et les grandes villes du continent. Le patrimoine naturel et culturel est mis en valeur tout en favorisant le tourisme durable.

L’un des principes de base d’Eurovélo, c’est de toujours prendre en compte la sécurité des usagers. Ainsi, les routes doivent être balisées et continues. Elles doivent également éviter les routes à fort trafic. Elles combinent donc pistes cyclables et routes secondaires, voire chemins balisés.

Le réseau Eurovélo

La Turquie est très peu concernée par le réseau Eurovélo. Elle ne compte en effet que deux petites portions d’itinéraires sur son territoire : l’une est située dans la partie européenne du pays (au nord-ouest d’Istanbul), et l’autre se trouve autour d’Izmir. Lien vers le réseau Eurovélo en Turquie

Mais si j’évoque quand même ce vaste réseau cyclable ici, c’est parce que les nombreux itinéraires qu’il comporte à travers le continent peuvent s’avérer utiles pour pédaler jusqu’en Turquie, quel que soit le pays européen d’où l’on vient.


Il est facile de se rendre à Bodrum en bateau depuis la petite île grecque voisine de Kos puisque plusieurs compagnies assurent la traversée. On trouve donc normalement des ferries tous les jours.

Réserver un ferry Kos – Bodrum avec :

Prix : il varie selon la saison et la compagnie mais il tourne autour de 30 euros pour un piéton adulte. Le transport du vélo est gratuit (il serait néanmoins prudent de demander confirmation à l’achat du billet).

Durée : environ 30 minutes.

Attention : si en basse saison on peut en général acheter son billet au dernier moment, en haute saison il est préférable de réserver à l’avance.

Douane : cette traversée inclut un passage de frontière (Grèce – Turquie), ce qui signifie qu’il faut prévoir le temps de passage de la douane. Mais surtout, les voyageurs à vélo s’exposent à la confiscation des couteaux, cartouches de gaz etc. D’après ma propre expérience, les douaniers ne sont pas très regardants : à l’aller, ils m’ont laissé passer sans me contrôler et au retour, ils m’ont contrôlé mais sans rien confisquer. En revanche, lors d’une autre traversée (en Italie), on m’a confisqué toutes mes cartouches de gaz, donc c’est une situation rageante qui peut toujours se produire quand on passe une douane…


Si vous avez eu la chance de séjourner à Nisyros (lire l’article : Nisyros, la plus belle île de Grèce ?…), alors il vous faut faire au préalable la traversée entre Nisyros et Kos avant de rejoindre Bodrum :

Réserver un ferry Nisyros – Kos avec :

Prix : très variable, de moins de 10 euros à près de 20 euros pour un piéton selon la saison, la compagnie, le type de navire etc. Gratuité pour le vélo.

Durée : de 45 mn à 1h45, selon le type de navire.

Fréquence : en basse saison, il n’y a que deux traversées par semaine (à vérifier, cette fréquence pouvant changer).

Attention : en haute saison, il est plus prudent de réserver son billet à l’avance.




Les étapes précédentes :


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