Voici un récit détaillé de ma traversée rapide du Monténégro, cinquième étape d’un périple à vélo à travers l’Europe.
Retrouvez toutes les infos pratiques, en fin d’article, sur la Trans-Dinarica. Cette petite pépite est un itinéraire nature dédié aux vélos. Il traverse les Balkans en passant par des endroits sauvages, isolés et reculés.
Sommaire
Après les deux semaines de pluies diluviennes qui ont émaillé mon périple, notamment en Bosnie-Herzégovine, je quitte ce pays et son humidité par une petite frontière située au cœur des montagnes. Sitôt la bascule faite, je me retrouve à dévaler mes premières pentes monténégrines sous un soleil éclatant. La grisaille ambiante bosnienne, omniprésente pendant ces derniers jours, laisse ici la place au beau temps et à la floraison des champs. En quelques centaines de mètres à peine, je suis passé de l’hiver pluvieux à un printemps radieux. Le contraste est incroyable. Désormais, c’est un autre voyage qui commence pour moi et la conséquence immédiate, c’est qu’après ces quinze jours de pluie quasi ininterrompue, mon moral se regonfle à bloc d’un seul coup.

La baie de Kotor
L’un des objectifs de ce périple, c’était de fuir au maximum les villes et les sites les plus fréquentés pour me balader dans des endroits peu touristiques et reculés. C’est pour cette raison que j’avais exclu de mon itinéraire la perle du Monténégro : la sur-fréquentée baie de Kotor.

Mais le temps était catastrophique en Bosnie-Herzégovine, à tel point que j’ai dû finir par adapter mon itinéraire à la météo : au lieu d’arriver au Monténégro par les montagnes du nord sous le déluge annoncé, j’ai décidé de passer par la côte sud-ouest du pays, où les prévisions météo étaient plus clémentes. Exactement là où se situent ces fameuses bouches de Kotor.
Le site est constitué de montagnes abruptes qui plongent dans la mer. A leurs pieds est située une petite ville fortifiée : Kotor. ne vaste partie de la baie est classée par l’Unesco au patrimoine de l’humanité.
Les touristes affluent ici à peu près toute l’année mais j’ai la chance d’y être en plein mois de mars, c’est-à-dire en basse saison, et s’il y a déjà beaucoup trop de monde à mon goût, ce n’est quand même pas encore la foule estivale. Et puis, je dois bien l’avouer, le site vaut le déplacement.

Mon but consiste à crapahuter, à pied pour une fois, sur un petit chemin de montagne qui monte sans arrêt, afin de pouvoir admirer depuis là-haut le paysage sur la ville et la baie en contrebas.

Autant j’ai trouvé qu’il y avait du monde dans les étroites ruelles médiévales de Kotor, autant j’ai la bonne surprise de croiser peu de gens en balade dans cette jolie montagne qui domine la ville. Ainsi, une fois l’ascension terminée, je ne dois partager la jolie vue qu’avec les quelques chèvres présentes là-haut autour de moi.

La côte monténégrine
Pour me diriger vers l’Albanie, ma prochaine étape, j’ai donc décidé de longer la côte, globalement touristique, au lieu de franchir les montagnes initialement prévues, trop pluvieuses ces jours-ci. Et si cet itinéraire n’est pas celui que je me faisais une joie de suivre, je dois bien avouer qu’il m’offre finalement de jolis paysages baignés de soleil. Le ciel est bleu, la mer aussi et toutes les couleurs explosent. Ces improvisations font partie intégrante du voyage à vélo et vu le temps exécrable qui règne sur les montagnes dans l’intérieur du pays, la côte s’avère finalement la meilleure alternative possible.

Je traverse à tour de rôle les différentes stations balnéaires qui se succèdent sur la côte, aux accents locaux : Budva, Sveti Stefan, Petrovac Na Moru…

L’inconvénient du littoral pour un cyclotouriste en quête de paysages reculés et isolés, c’est qu’il est bétonné à peu près partout. C’est pourquoi un soir, j’arrive dans la ville de Bar sans jamais avoir réussi à trouver le spot de bivouac que je cherche, discret et à l’abri des regard : il y a des maisons et des habitants partout autour de moi. A l’approche de la nuit, je dégote donc un petit hébergement de dernière minute, à prix bradé. C’est la seule fois de tout mon périple que je ne trouverai pas de bivouac.

Le lendemain, un petit problème mécanique me contraint à faire réparer mon vélo. Je dégote péniblement un mécano à la sortie de Bar. Il s’appelle Novak Djinovic et il est ancien cycliste professionnel, comme en témoignent toutes les coupes qui décorent le mur de son petit atelier. Les plus prestigieuses trônent dans le salon de sa maison voisine.
Il répare mon vélo en dix minutes à peine, avant de m’annoncer qu’il me fait cadeau de sa prestation ! Beaucoup de cyclo-voyageurs passent par chez lui, me dit-il, et il apprécie de leur venir en aide plutôt que de leur facturer ses réparations. Comme à toutes les personnes sympas que je rencontre depuis le début de mon voyage, je lui offre en retour une petit tour Eiffel bleue. Dans un sourire radieux, il la place parmi toutes ses coupes, sur l’étagère du bas.

Après une longue discussion amicale avec Novak, il est temps de reprendre la route.
Dans l’après-midi, alors que j’approche de la frontière albanaise, un type dans une camionnette arrêtée sur le bord de la route me fait de grands signes. En même temps que je m’arrête, il descend de son véhicule : c’est un policier en uniforme. Je n’ai pas l’impression d’avoir fait une boulette et je m’attends plutôt à une demande de bakchich mais heureusement pour moi, le bonhomme est hilare !

En le regardant s’approcher, je ne le reconnais pas tout de suite car son uniforme perturbe mes souvenirs.
« Apartman dobra ? » me demande-t-il sans se départir de son rire, c’est-à-dire je crois : « l’appartement était bien ? » Ça me revient alors enfin : c’est le gars qui m’a loué le petit appartement la veille au soir, à la dernière minute et à prix bradé, alors que la nuit tombait et que pour une fois, je ne trouvais pas de bivouac. Mais il était en civil et c’est vrai qu’un uniforme, ça vous transforme un bonhomme ! Bref, il m’explique qu’il travaille pour la douane et contrôle les voyageurs en provenance de l’Albanie voisine.
C’est sur cette dernière rencontre inattendue et amicale que je quitte le Monténégro pour entrer dans un pays qui, je ne le sais pas encore, va me marquer profondément : l’Albanie…
Le coin du cycliste
La pépite : Trans Dinarica, l’itinéraire de rêve pour les cyclistes
La Trans Dinarica est un itinéraire cycliste qui relie les pays des Balkans occidentaux en traversant une superbe chaîne de montagnes, les Alpes Dinariques. Ce parcours a été conçu pour permettre aux cyclo-voyageurs qui s’aventurent par là de découvrir tout le patrimoine local : naturel, culturel, gastronomique…

Cet itinéraire passe par des villages, des forêts, des montagnes, ou encore par la mer. Il alterne entre routes bitumées très peu fréquentées et chemins de terre ou de pierres en pleine nature. Il traverse des parcs nationaux et des sites classés au patrimoine de l’humanité par l’Unesco.

Tout au long du parcours, on découvre l’hospitalité des habitants des Balkans ainsi que les paysages à couper le souffle de cette superbe région méconnue, en plein cœur de l’Europe. Bref, quand on roule sur la Trans Dinarica, on en prend plein les yeux et on se sent une âme d’aventurier !

Le site Trans-Dinarica
La carte suivante montre sommairement le parcours de la Trans Dinarica (copie d’écran extraite du site Trans Dinarica).
En cliquant pays par pays, ce site propose également de nombreux itinéraires alternatifs : rejoindre le parcours depuis les grandes villes, faire des détours pour aller visiter des sites intéressants à proximité, etc.
A titre d’exemple, c’est l’un de ces détours que j’ai utilisé pour traverser l’île de Pag, qui s’est avérée l’un des plus beaux endroits visités lors de ma « Trans Europa » !
Le lien : Trans Dinarica
La distance totale de la Trans Dinarica est de 3.364 kilomètres et son dénivelé positif de 60.000 mètres. En comptant les nombreuses extensions (variantes plus sportives, détours vers des sites remarquables, liaisons vers les grandes villes…), la distance totale monte à 5.000 kilomètres et le dénivelé positif à près de… 100.000 mètres !
Les pays traversés sont la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, l’Albanie, la Macédoine du Nord, le Kosovo et la Serbie.

Pour se procurer le parcours précis ainsi que sa trace GPS, ce que j’ai fait, il suffit donc de se connecter au site officiel : Trans Dinarica.
Bien sûr, ce n’est pas gratuit mais ce n’est pas très cher non plus et surtout, cela vaut tellement le coup : si, comme moi, vous êtes un.e cycliste amoureux.se de la nature, alors le rapport qualité-prix de ces packs est carrément exceptionnel. On traverse des endroits tellement natures, isolés et sauvages sans jamais se perdre que ça vaut largement la peine, selon moi, de s’offrir ces packs.
A l’inverse, l’itinéraire de la Trans Dinarica traverse peu de villes. Aussi, si vous êtes attiré.e par les grandes métropoles, ces packs ne vous conviendront peut-être pas : privilégiez alors plutôt les itinéraires Eurovélo (lire plus bas), qui seront beaucoup plus adaptés à vos goûts citadins (capitales, monuments, musées, hébergements etc).
Pour résumer, la Trans Dinarica a plutôt tendance à fuir les zones touristiques et notamment la côte Adriatique, avec ses stations balnéaires souvent prises d’assaut, pour s’enfoncer dans les montagnes beaucoup moins fréquentées. Contrairement à Eurovélo, qui ne dévie à peu près jamais des itinéraires touristiques.
On peut se procurer le pack de la Trans Dinarica pour les huit pays à un tarif à mon avis avantageux (à partir de 90 euros), ou bien choisir un pack par pays (de 8 à 23 euros selon le pays). Le lien : se procurer le pack de navigation de la Trans Dinarica.

Remarque : au cas où vous vous poseriez la question, aucun lien de ce blog n’est sponsorisé. Je ne perçois donc aucune commission, que vous cliquiez ou non !

Je dois préciser que le Monténégro est le seul pays dans lequel je n’ai pas emprunté la Trans Dinarica. A cause d’une météo exécrable, j’ai en effet dû changer d’itinéraire en quittant la Bosnie-Herzégovine, ce qui m’a amené à traverser le Monténégro par sa côte sud, plutôt que par les montagnes du nord, comme initialement prévu. Mais cet itinéraire cycliste vaut tellement la peine de rouler dessus que je le cite quand même dans cet article, pour tous ceux qu’il pourrait attirer…
Du coup, en préparant votre périple à vélo, si vous vous interrogez sur la Trans Dinarica, n’hésitez pas à me poser vos questions dans la rubrique « commentaires » (votre @dresse mail ne sera pas publiée, contrairement à votre question qui le sera avec un léger décalage, généralement quelques heures) : c’est avec plaisir que j’y répondrai 🙂
Enfin, vous pouvez lire notre article complet sur cet itinéraire de rêve pour les cyclo-voyageurs.
Les itinéraires Eurovélo
Beaucoup plus connus que la Trans Dinarica encore confidentielle, les itinéraires Eurovélo ont fait leurs preuves depuis longtemps. Au nombre de dix-sept à ce jour, ils sillonnent l’Europe du Cap Nord à Malte, et de l’Irlande occidentale aux confins de l’Orient.
L’esprit est de constituer un réseau cohérent de grands itinéraires cyclables européens, en connectant les capitales et les grandes villes du continent. Le patrimoine naturel et culturel est mis en valeur tout en favorisant le tourisme durable.
Enfin, la sécurité des usagers est toujours prise en compte. Ainsi, les routes doivent être balisées et continues. Elles doivent également éviter les routes à fort trafic. Elles combinent donc pistes cyclables et routes secondaires, voire chemins balisés.
Le principal inconvénient, c’est que peu de ces routes Eurovélo sont totalement terminées.
Je suis attentivement l’évolution de certaines d’entre elles depuis cinq ans et pourtant, rien n’a bougé : elles en sont toujours au même stade (en général l’un des trois stades en rouge sur le tableau suivant) selon le site Eurovélo lui-même. Aucune évolution en cinq ans !
Percevoir les fonds européens, c’est bien, mais les utiliser pour procéder aux aménagements promis, ce serait mieux !
J’enfonce un peu le clou : Eurovélo existe depuis 1995 mais trente ans plus tard (au 27 octobre 2025), une seule route est entièrement terminée ! Il s’agit de l’Eurovélo 19 : la route cyclable de la Meuse (1.050 km). Et cinq autres sont (enfin) à un état d’avancement supérieur à 90% :
- Eurovélo 1 : côte Atlantique (10.650 km !)
- Eurovélo 12 : Mer du Nord (7.250 km)
- Eurovélo 14 : lacs et rivières d’Europe centrale (1.150 km)
- Eurovélo 15 : le Rhin (1.450 km)
- Eurovélo 17 : le Rhône (1.000 km)
Une seule route terminée en vingt ans, et cinq autres qui ne sont plus très loin de l’être, sur dix-sept routes en tout (les n° 16 et 18 n’existant pas encore), ce n’est quand même pas énorme. Bien sûr, il ne faut pas non plus cracher dans la soupe : ces dix-sept routes ont au moins le mérite d’exister, et Eurovélo reste un superbe projet pour les voyageurs à vélo.
La cohabitation avec les automobilistes monténégrins…
Si je ne me suis jamais senti réellement en danger sur les routes du Monténégro, c’était quand même la première fois que je voyais les voitures me doubler d’aussi près. La plupart des automobilistes, comme dans les pays précédents, faisaient très attention à moi et respectaient une bonne distance de sécurité en me doublant, mais pas tous. Il y en avait en effet quelques-uns qui passaient assez près de moi et assez vite, ce qui ne m’était jamais arrivé dans les pays précédents (et qui ne m’arrivera plus non plus dans les pays suivants).
Il ne faut évidemment pas généraliser car globalement, en tant que cycliste, les routes monténégrines m’ont paru assez sûres, mais j’ai dû rester un peu plus vigilant que d’habitude.
Les étapes précédentes :
Les étapes suivantes :









